Ce n’est un secret pour personne: l’île principale du Japon, Honshu, est celle qui suscite le plus d’intérêt. Et si Hokkaido accueille un énorme contingent de fervents skieurs et Kyushu fait de plus en plus parler d’elle, force est d’admettre que Shikoku, elle, continue d’être négligée. La mosaïque culturelle unique de l’île n’est toutefois qu’une des centaines de raisons pour lesquelles vous devriez la visiter. Voici 6 expériences culturelles envoûtantes à vivre à Shikoku et nulle part ailleurs.
Un pèlerinage japonais remarquable
Chez les Japonais, Shikoku est principalement reconnue pour son sentier en boucle de 1200 km ponctué par 88 temples, qui peut prendre jusqu’à 2 mois à parcourir. Si presque autant de sportifs et d’adeptes de la photo que de fidèles bouddhistes se rendent à Shikoku pour entreprendre ce pèlerinage, possiblement le plus célèbre au Japon, il est fort probable que vous n’ayez pas 2 mois à y consacrer.
Rien ne vous empêche par contre d’explorer partiellement cette facette importante de la culture de Shikoku. Une visite de l’imposante pagode de Chikurin-ji à Kōchi, ville à la popularité grandissante, ou une excursion d’une journée de Tokushima jusqu’au premier temple officiel du chemin de pèlerinage, le Ryōzen-ji à Naruto, suffit pour vous donner un avant-goût du patrimoine culturel intemporel sans y passer des mois.
Les derniers cultivateurs d’indigotiers
Parlant de Tokushima, c’est surtout dans cette préfecture que s’est perpétuée une tradition japonaise qui ne se limite pas à Shikoku. Pour la découvrir, rendez-vous dans la ville d’Aizumi (magnifique à découvrir à pied), où se trouve le musée Ai-no-Yakata. En plus de voir le processus de transformation des feuilles d’indigotier en teinture à l’indigo, vous pouvez y teindre vous-même du tissu et le garder en souvenir.
Bien qu’il ne soit pas possible de visiter les cultures d’indigotiers (ce genre ce visite n’est pas très publicisée), vous aurez la chance d’échanger avec les derniers cultivateurs d’indigotiers japonais au musée. En plus de vous raconter des anecdotes intéressantes, ils vous expliqueront pourquoi les cycles écologiques du fleuve Yoshino font de Shikoku l’endroit idéal pour cultiver l’indigotier, qui ne pousse que hors de la saison des typhons.
Une danse pour les morts
Toujours à Tokushima, mais dans la ville cette fois, une autre activité culturelle revêt beaucoup d’importance: l’Awa-odori. Ce festival de danse, qui remonte au moins au 16e siècle et qui est depuis reconnu pour son côté animé et mouvementé, envahit les rues de Tokushima pendant 3 jours en août chaque année afin d’honorer l’esprit des morts qui, selon les croyances, viendraient visiter leurs proches toujours vivants pendant quelques jours.
S’il vous est impossible de visiter Tokushima en août (en raison des typhons, notamment), vous pouvez tout de même voir la captivante danse d’awa-odori et ses chapeaux tissés typiques en forme de triangle au Awa-Odori Kaikan, une salle de spectacle située à seulement 10 minutes de la gare de Tokushima. En plus d’assister à ce magnifique spectacle, dont la profondeur vous frappera d’autant plus vu la banalité des lieux, vous pourrez y acheter une vaste gamme de produits sur le thème du festival.
Une visite dans les donjons
Selon les dires, il ne resterait que 12 châteaux encore intacts dans la région féodale japonaise, et plusieurs d’entre eux se trouvent à Shikoku. Ouvert en 1601 pendant la période Tokugawa, le château de Kōchi, situé en plein cœur de la ville du même nom sur la côte méridionale de Shikoku, en est sans doute le meilleur exemple. Du donjon du château, l’un des rares au Japon qui soit ouvert au public, vous profiterez du panorama sur la ville et les montagnes qui l’entourent.
À quelques heures de train, dans le nord-ouest de Shikoku, la vue du château de Matsuyama, quoique bien différente, est toute aussi magnifique. Vous pouvez y admirer la vue dégagée sur la mer intérieure de Seto. L’emplacement des deux châteaux ouvre la porte à d’autres découvertes culturelles. Après votre visite du château de Kōchi, vous n’êtes qu’à quelques pas du marché de nuit de Hirome, où vous pouvez déguster du tataki de bonite, un filet de poisson tendre saisi à l’extérieur, mais encore frais à l’intérieur. Et à Matsuyama, baignez-vous dans ce qui pourrait être le plus vieil onsen (bain thermal) public du Japon.
L’origine des onsen
On peut difficilement prouver que le Dōgo Onsen, à Matsuyama, est en fait le plus ancien bain public du Japon, bien que ce soit certainement le plus ancien de Shikoku. Utilisé de façon quasi continue depuis son inauguration il y a plus de 1000 ans, le Dōgo Onsen attire chaque jour des centaines de Japonais de la région ainsi que de nombreux étrangers ouverts d’esprit. Qui sait, peut-être en ferez-vous partie?
Trop timide pour faire le saut? C’est compréhensible – tout à fait normale pour les Japonais, l’idée de se baigner totalement nu avec des étrangers dans des eaux chaudes de source volcanique peut sembler un peu bizarre pour les Occidentaux. Vous pouvez visiter la portion du bâtiment où les empereurs en visite se baignaient quand ils venaient à Matsuyama (bien que, pour des raisons évidentes, cette partie du honkan ne soit plus en service).
L’enfant prodige de Shikoku
Lorsqu’il est question d’art japonais, vous pensez probablement aux pièces de l’ère impériale (ou d’avant-guerre) qu’on voit souvent exposées dans les musées d’art d’Osaka et de Tokyo. Dans la ville côtière de Marugame, dans le nord de Shikoku, le musée d’art contemporain Genichiro-Inokuma (surnommé MIMOCA) met quant à lui en vedette des œuvres d’art visuel provocatrices qui reflètent la difficile quête d’identité du Japon après la défaite de l’Empire japonais contre les forces alliées.
Consacrez au moins quelques heures à la découverte de ce musée, petit mais d’une grande richesse, qui abrite plusieurs milliers d’œuvres de Genichiro Inokuma, originaire de Shikoku. Après avoir pris le temps d’admirer les toiles et les sculptures – dont plusieurs reflètent l’influence d’Henri Matisse, célèbre mentor d’Inokuma –, faites l’ascension jusqu’au château de Marugame pour avoir une vue panoramique sur l’océan (et, par temps clair, sur l’île principale de Honshu) ou savourez des nouilles udon au bœuf à l’excellent restaurant local Mentokoro Wataya.
Et le mieux dans tout ça? C’est que ce n’est qu’un fragment de tout ce que Shikoku a à offrir. Venez-y d’abord pour la culture, puis revenez-y pour voir les cerisiers en fleurs ou participer à des activités écotouristiques incroyables dans les endroits les plus inusités au Japon. Un monde insoupçonné se trouve à seulement deux heures d’autobus d’Osaka, tout juste de l’autre côté de la mer intérieure de Seto à partir d’Okayama, l’une des gares du Shinkansen les plus fréquentées au Japon. Shikoku saura vous envoûter!