Le comté du Devon, dans l’ouest de l’Angleterre, est connu pour la douceur de son climat, ses paysages bucoliques, ses villages charmants, ses cream teas, ses fruits de mer et ses plages. La région est toutefois aussi reconnue pour son histoire plus sombre, quoique fascinante. Sa popularité auprès d’auteurs de romans policiers comme Agatha Christie et Arthur Conan Doyle n’a donc rien d’étonnant.
La Greenway House, aujourd’hui propriété du National Trust, était jadis la maison estivale de la reine du crime, Agatha Christie. Cette demeure joyeuse et ensoleillée est truffée de bibelots recueillis lors de voyages à l’étranger. Les vastes jardins qui l’entourent lui ont valu le surnom d’«endroit le plus charmant au monde». De nos jours, c’est l’un des sites touristiques les plus populaires dans le Devon, non seulement lors du festival international Agatha Christie en septembre, mais aussi tout au long de l’année. Chaque jour, des centaines de visiteurs montent à bord d’un train à vapeur qui sillonne des paysages ponctués de camélias jusqu’à Greenway, où ils dégusteront des scones avec crème caillée dans le salon de thé en après-midi.
Mais ne laissez pas les joyeux vacanciers et les jolies fleurs vous tromper. Où que vous alliez dans le Devon, vous foulez des terres remplies d’histoire, de préhistoire même. Le comté a plu non seulement à Christie, mais à bien d’autres écrivains, dont Arthur Conan Doyle, Kate Ellis, John Fowles, Hilary Mantel, Thomas Hardy et John Cleese.
Bien avant que les petites cabanes colorées et les kiosques de crème glacée fassent leur apparition sur ses plages, le Devon était l’une des premières régions de la Grande-Bretagne où se sont installés les humains modernes. Dès 6000 av. J.-C., des chasseurs-cueilleurs mésolithiques vivaient à Dartmoor, qui compte quelque 500 sites néolithiques, incluant des tombelles et des cercles de pierres. On retrouve aussi de très vieilles collines fortifiées le long de la côte jurassique qui relie le Devon et le Dorset. Cette étendue de littoral d’une beauté époustouflante et riche en fossiles est d’ailleurs inscrite sur la liste du patrimoine mondial depuis 2001.
En 43 apr. J.-C., les Romains ont envahi la région et y ont établi des ports navals et des garnisons. Lorsque la domination romaine a pris fin vers l’an 410, le territoire est devenu le royaume celtique de la Dumnonée jusqu’à sa conquête par les Anglo-Saxons au 7e siècle, puis par les Normands en 1066. Pendant la période Tudor, plusieurs célèbres explorateurs, dont Sir Francis Drake et Sir Walter Raleigh, y ont pris le large.
D’aussi loin qu’on s’en souvienne, le Devon a toujours été un endroit privilégié pour l’exploitation minière, l’agriculture, la pêche et, dans les dernières décennies, le tourisme. Ses nombreux sites archéologiques prennent vie dans les mystères de Kate Ellis, dans lesquels les fouilles effectuées par les personnages permettent de déterrer d’innombrables artefacts provenant, par exemple, des assizes sanglantes qui ont suivi la rébellion de Monmouth en 1685, ou encore des «saboteurs» du 18e siècle, qui attiraient les navires à leur perte pour en dérober le cargo. Les visiteurs intéressés peuvent même prendre part à des fouilles archéologiques.
Le Devon est aussi le théâtre de nombre de légendes folkloriques, exactement le genre de mythes et d’histoires qui fascinaient un certain révérent du 19e siècle nommé Sabine Baring-Gould. Il en a abordé plusieurs dans son livre Dartmoor Idylls, l’un des quelque 150 qu’il a produit de son vivant. Un de ses «curieux événements» a inspiré Sir Arthur Conan Doyle dans l’écriture d’une des plus sombres aventures de Sherlock Holmes, Le chien des Baskerville. D’autres auteurs ont aussi trouvé l’inspiration dans le Devon: Thomas Hardy a mis en scène tous ses romans dans la région fictive du Wessex, qui comprenait le Devon et qui se basait sur le pays anglo-saxon qui existait autrefois; le mystère Death in Devon d’Ian Sansom y tenait également place; et sur une note plus légère, John Cleese a créé la légendaire série télévisée Fawlty Towers d’après ses expériences au vénérable hôtel Gleneagles à Torquay.
Mais aucun auteur n’est relié d’aussi près au Devon que la grande dame du crime, Agatha Christie.
L’écrivaine est née et a grandi à Torquay, une ville balnéaire fréquentée par les jeunes intellectuels au début du 20e siècle. En plus d’être l’une des première à avoir pratiqué le surf sur la Riviera anglaise dans les années 1930, elle a situé plusieurs de ses œuvres dans le Devon, notamment sur l’île de Burgh dans Les vacances d’Hercule Poirot et au Majestic (qui s’inspire de l’Imperial Torquay) dans Un cadavre dans la bibliothèque. Le plus ancien bâtiment de Torquay, l’abbaye de Torre fondée en 1196, cultive même des plantes inspirées des romans de l’écrivaine dans ses vastes jardins.
Lorsque Christie et son mari Archie étaient à la recherche d’une demeure estivale, ils se sont naturellement tournés vers le Devon, où ils ont trouvé une magnifique maison georgienne appelée Greenway, à Churston Ferrers. C’était «la maison idéale, une maison de rêve» selon elle. Les amateurs de la série Poirot s’en souviendront peut-être, puisqu’elle est apparue dans l’un des épisodes, le dernier à avoir été tourné.
Là, comme partout ailleurs dans le Devon, se côtoient lumière et obscurité, passé et présent, bien et mal, vie et mort; chacun rendant l’autre plus clair, plus défini, plus marqué. L’histoire semble presqu’aussi vivante que le présent. Et c’est justement dans cela que repose la grande beauté de la région.